Qui suis-je ?
Lorsque j’étais encore sur les bancs de l’école, je fis une découverte étonnante. Cela commença comme suit :
Un camarade de classe, appelons-le Mr X, n’était pas ce que l’on pouvait appeler “un élève assidu”. Il parlait en cours, gribouillait sur une feuille de papier des dessins incompréhensibles, dormait même, tout ça sans se soucier de ce que le professeur avait à dire et à lui enseigner. Il n’aimait pas beaucoup l’école, pour sûr… Il arrivait souvent en retard ou, lorsqu’il le pouvait, n’arrivait pas du tout. Préférant s’adonner à d’autres activités ne nous intéressant pas dans le cadre de ce récit. Vint le temps des devoirs, dissertations et autres notes à rendre aux professeurs (comme cela est souvent le cas pour chaque professeur et dans toute école qui se respecte), et ce jour-là fut le début d’une carrière -le temps nous le dira-, promise a un bel avenir. Mr X, comme de coutume, ne fit rien. Il ne pensait nullement devoir accomplir ce genre de travaux forcés et s’en moquait éperdument. Le concept de l’école étant pour lui une chose absconse. Malgré cela, Mr X et moi-même entretenions de bons rapports amicaux. Le fait qu’il n’appréciait pas l’endroit où il devait se rendre cinq à six fois par semaine, ne le rendait pas le moins du monde “différent” dans sa façon d’appréhender les relations sociales. Nous étions donc “copains”, pour dire les choses comme elles se doivent d’être dites purement et simplement.
Il me demanda de l’aider. L’aider à rendre quelque chose au professeur alors qu’il n’avait pas écrit une ligne de son devoir qu’il devait rendre dans les trois heures. J’aurai pu refuser ou, tout du moins, prétendre que je n’avais pas le temps et autre chose à faire, mais c’était faux. Le temps, je l’avais, nous l’avions. Qu’avais-je d’autre à faire sinon écrire quelques rimes idiotes, notes pour une ou plusieurs nouvelles qui ne dépasseraient sûrement pas le stade de projet, ou encore autre délires textuels dont j’avais le secret ? Par chance, nous avions une heure de permanence avant le moment fatidique, je lui dis donc qu’après les deux heures de cours, nous pourrions nous atteler à ce problème. Il me remercia chaleureusement. Ce que je crus sur l’instant…
Car tout fut calculé de sa part. Parfaitement planifié. Il savait ,bien évidemment, que nous avions une heure de “trou” dans notre emploi du temps pour ce jour-ci et comptait donc en profiter pour faire ce qu’il savait faire le mieux : rien. L’heure dite, je l’aidais à rédiger son compte-rendu, “m’inspirant” de ma propre prose en prenant soin de la rendre méconnaissable sur sa feuille. Cela nous prit pas loin de 45 minutes et trois pages, dont une de brouillon, pour arriver à un résultat satisfaisant. Satisfaisant car, une semaine plus tard, il obtint une note qui satisferait, cette fois-ci, ses parents. Sans aucun doute. Dix-sept et demie sur vingt, c’était pas mal du tout. Pour lui autant que pour moi. Combien ai-je eu pour mon devoir, moi ? Dois-je vraiment le révéler ?
Plus tard, lui ayant laissé bonne impression, Mr X et moi collaborâmes pour d’autres devoirs. Puis, le bouche à oreilles aidant, je me mis à rédiger pour des élèves d’autres classes, parfois supérieures. Moyennant, à l’époque, divers services ou quelques rétributions. Ce qui me permit de me procurer, au fil du temps, les livres que j’aimais lire, un petit ordinateur, ainsi qu’une imprimante pour commencer honorablement dans le monde de l’écriture. J’écris encore sur papier, bien sûr. Mais lorsque j’allume mon ordinateur (portable), qui n’est évidemment pas celui de mes débuts, pour écrire, je pense au bon vieux temps. Celui qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui : un ouvrier de la plume. La vie est parfois bien faite…
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- Published:
- novembre 16, 2007 / 11:23
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